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Le microscope et le macroscope. Conflits de perspectives disciplinaires sur les liens entre pesticides et santé au travail.
Article
Est Publié dans : Environnement, risques et santé, vol.19 n°2, mars-avril 2020, pp.106-112, bibliogr.
A partir d’une enquête sociologique qualitative, l'auteur se propose de rendre compte de la construction historique des conflits de perspectives disciplinaires sur la question des liens entre pesticides et santé des travailleurs agricoles. La toxicologie, en produisant des données de dangers et d’exposition à l’échelle « microscopique » des substances actives, a structuré depuis trois quarts de siècle les modalités de l’évaluation des risques préalables à la mise sur le marché des pesticides. En objectivant, pour chaque pesticide, une dose acceptable d’exposition professionnelle et les moyens de ne pas la dépasser, grâce aux vêtements de protection et aux mesures d’hygiène, cette source de connaissances a légitimé la notion d’usage contrôlé de ces produits. L’accumulation de données épidémiologiques mettant en évidence la surincidence de certaines pathologies chroniques cancéreuses et neurodégénératives parmi la main-d’œuvre agricole exposée a questionné, depuis la fin du siècle dernier, la fiabilité de l’évaluation des risques. Produisant des données « macroscopiques » sur l’effet de l’exposition des agriculteurs aux pesticides en général, les études épidémiologiques restent difficiles à intégrer dans des instruments d’action publique qui font de l’autorisation de mise sur le marché leur principal levier de gestion du risque. La mesure de l’exposition professionnelle aux pesticides constitue le cœur des conflits politiques et épistémiques que génère ce contraste entre les visions microscopiques et macroscopiques des effets des pesticides sur la santé de la main-d’œuvre travaillant en agriculture.
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