Les sortilèges du virtuel.
Article
Publié dans : Travailler, n° 17, 2007, pp. 163-178.
Dans sa pratique, l'auteur est confrontée à une question récurrente concernant les effets du management sur la santé. Refusant de se poser en expert des bonnes pratiques ou de la dénonciation, elle s'appuie sur des exemples pour montrer la façon dont les travailleurs s'accommodent des logiques managériales. Apparaissent alors des processus dans lesquels s'articulent les stratégies défensives de tous les travailleurs, cadres ou non : les organisations qui se morcellent et changent sans cesse, les débordements de violence, le règne du virtuel gestionnaire, l'utilisation du client comme aiguillon écran sont assimilés et entretenus car une telle attitude permet de faire face à des missions impossibles, de préserver une image idéalisée de l'entreprise, de son travail et de soi. Si la capacité collective de soutenir les conflits sociaux, techniques et éthiques qui rend possible le travail tout en préservant la santé se trouve dévitalisée, les défenses des travailleurs tombent. L'enjeu consiste alors à sortir de l'alternative de rigidifier ces défenses en idéologie ou de ne plus pouvoir travailler en déconstruisant les représentations qui ne prennent en compte que ce qui est mesurable, rationnel, binaire et en reconnaissant que tout travail implique des compromis et donc des délibérations techniques et éthiques.